Traduction de l'interview :
« Primetime » a reçu un accueil triomphal au Festival du film de Venise, mais dans les heures précédant la première mondiale de samedi, Robert Pattinson était en plein désarroi.
« J'étais littéralement entrain de vomir, en me disant que c’était une énorme erreur », a-t-il raconté en riant. « Mais c’est aussi ce qui rend l’expérience amusante. »
Pattinson a manifestement pris un immense plaisir à incarner Chris Hansen, l’animateur de l’émission 'To Catch a Predator', façonnant un monstre médiatique mu à parts égales par l’envie et l’ambition, tout en s’amusant encore davantage à enrichir le personnage de touches d’excentricité. (« Tout prétendant au titre de roi de l’étrange ferait mieux de déposer les armes dès l’instant où Pattinson réagit à la pique passive-agressive d’un journaliste plus respecté en enchaînant, on ne sait comment, 17 expressions faciales uniques en moins de trois secondes », a écrit 'TheWrap' dans sa critique.)
Mais il savait aussi qu’incarner un personnage aussi intransigeant, dans un film aussi audacieux, comportait des risques. Ce rôle effrayait Pattinson, qui ne parvenait pas à se défaire de l’idée que « c’était peut-être une erreur ». Cela n’a fait que renforcer sa détermination.
« Une partie de moi sait que l’enjeu est de taille : le risque est grand, mais la récompense peut l’être tout autant », a-t-il expliqué lors d’une table ronde au Festival du film de Venise. « C’est formidable d’être nerveux face à quelque chose ; le paradoxe, c’est que lorsque l’on désire ardemment un projet qui nous passionne, l’excitation est tant au rendez-vous qu’on imagine simplement le risque depuis chez soi. Puis, un jour, le risque se concrétise, et là, c’est vraiment effrayant. »
L’acteur était nettement plus détendu dans les jours ayant suivi le lancement réussi du film ; il s’est même attardé à Venise, tenant salon à l’hôtel Danieli, tandis que le réalisateur de 'Primetime', Lance Oppenheim, s’affairait à préparer une nouvelle présentation très attendue au festival de Telluride.
L’acteur et le réalisateur sont restés en contact permanent tout au long de la conception de 'Primetime', tous deux ayant quelque chose à prouver. Issu du monde du documentaire, Oppenheim se retrouvait soudain avec une distribution prestigieuse et un budget bien plus conséquent à sa disposition. Quant à Pattinson, habitué au statut de star de cinéma, il découvrait une relation de travail d’un genre inédit, nouée bien avant que la caméra ne commence à tourner.
« C’est sans doute le projet qui a nécessité le plus gros investissement de ma part », confie Pattinson. « Comme c’était ma première expérience en tant que producteur, peu de gens auraient supporté la quantité d’appels que je passais. La femme de Lance a accouché trois jours avant le début du tournage ; nous communiquions par FaceTime alors qu’il se trouvait sur le seuil de la salle d’accouchement — sa femme était littéralement en plein travail, et lui était à moitié avec nous. Elle lui a lancé : "Laisse-moi encore deux minutes !" »
La production, explique-t-il, lui a donné un sentiment d'appropriation plus marqué. « Tout finit par s'alimenter mutuellement. On a davantage l'impression de faire partie intégrante de l'industrie, plutôt que de simplement attendre l'appel de son agent. C'est agréable. »
Il va continuer sur sa lancée, ne serait-ce que pour s’assurer du travail à l’avenir.
« Dès que j’ai eu 40 ans, je me suis dit : "Je ne pourrai plus jamais arrêter de travailler avant la retraite" », dit-il en riant. « On ne peut pas exercer ce métier sans opportunités, et je suis convaincu que lorsqu’une occasion se présente, il faut la saisir — on bâtit sa vie autour ; sinon, que faire d’autre ? Partir en vacances ? C’est la particularité du métier d’acteur : soit on tourne, soit on ne fait rien. »
Peut-être bien. Mais pour une star de cinéma, la promotion fait aussi partie du travail. Et curieusement, cette obligation a aidé Pattinson à comprendre le phénomène de l’émission 'To Catch a Predator'.
« Comme l’émission a connu un immense succès, elle a fini par obéir aux mêmes lois de l’industrie du divertissement que tout le reste », explique-t-il. « J’adore ces interviews où Chris [Hansen] passait chez Conan O’Brien : il devait vendre l’émission à un public de 'late-night show' venu pour rire, tout en abordant un sujet extrêmement grave. Le voir essayer de trouver le juste équilibre — vouloir que les gens regardent l’émission sans pour autant dénigrer la nature même de sa démarche — le plaçait dans une situation pour le moins singulière. Même Conan, quand le ton devenait trop grave, lançait une blague ; et si Chris ne jouait pas le jeu, la situation devenait gênante. »
« J’ai trouvé cela fascinant — et je m’y suis également reconnu à un niveau assez personnel. »
En tant que producteur — assumant un rôle créatif plus actif aux côtés d’Oppenheim et du scénariste Ajon Singh — Pattinson a peut-être trouvé dans 'To Catch a Predator' un moyen d’explorer ses propres sentiments, plus larges, ainsi que ses appréhensions concernant le monde du spectacle.
« Quand on regarde le premier épisode, il s’agit vraiment d’aborder un problème sérieux et de mettre les gens en garde contre ce qui se passe », explique-t-il. « Au départ, on ne cherchait pas forcément l’audience, mais à force de répéter le même format — ce que 'Dateline' n’avait jamais fait avec une autre émission —, on le fait clairement pour le public. Au bout de la dix-huitième fois, tout le monde sait déjà à quoi faire attention. Il ne s’agit plus d’avertir qui que ce soit de quoi que ce soit. »
« Je ne pense pas que ce soit une critique dirigée contre qui que ce soit », poursuit-il. « C’est juste qu’on finit inévitablement par être façonné par les attentes du public, et que ce même public peut se retourner contre vous, même après que vous avez essayé de lui plaire. Tout cela me passionne. »
Il préfère plutôt entretenir le mystère, en misant sur des films plus audacieux tout en pimentant des blockbusters comme 'L’Odyssée' de choix d’interprétation inattendus (et propices aux mèmes).
« Je ne pense pas que je serais très doué pour la comédie pure », dit-il. « C’est plus amusant de faire rire le public dans des scènes qui ne sont pas censées être drôles. »
Il fait peut-être même preuve de plus de franchise que ne le laisse supposer son image d’interviewé facétieux. Ou, du moins, il sait assurer le spectacle.
« Avec 'Primetime', nous cherchions à créer quelque chose qui ne soit pas didactique », explique-t-il. « Nous voulions éviter de juger l’éthique de l’émission pour nous concentrer plutôt sur le dilemme lié au succès et au statut de star : comment gérer la situation quand les enjeux sont énormes. »
Et d’ajouter : « Si vous trouvez un public et que vous voulez le garder, vous devez évoluer. »

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