Traduction française :
La première image du nouveau film de Claire Denis, High Life, est saisissante : un bébé, apparemment abandonné dans un vaisseau spatial. Finalement, ses pleurs sont apaisés par haut-parleur par le seul autre être vivant à bord, un condamné nerveux nommé Monte (Robert Pattinson). Ensemble, Monte et le bébé forment un couple inhabituel, et leur dynamique tout au long du film est chargée d'un sentiment de danger qui laisse place à une intimité touchante, voir étrange et émouvante.
Tension mêlée de pathétique - il n'y a pas de meilleure façon de décrire les films de Denis, et sa relation avec Pattinson, une des plus grandes stars avec lesquelles la légendaire réalisatrice française a travaillé.
High Life semble être un progrès remarquable pour les deux. Denis est une artiste brillante mais impitoyable dont les plus grandes œuvres (parmi lesquelles Beau Travail, 35 Shots of Rum et White Material) ont lutté contre le colonialisme, les romances tendues et la cruauté masculine. High Life est un changement important pour elle en termes de portée : C'est son premier projet qu'elle a tourné en studio, plutôt que dans des lieux réels. C'est aussi son premier film de science-fiction et son premier entièrement en anglais. Pendant ce temps, Pattinson est passé à autre chose depuis l'époque où il était l'idole des adolescentes dominant les tabloïds, surtout connu pour la saga Twilight. Il a depuis recherché des rôles dans des films d'art et d'essai et collaboré avec des réalisateurs passionnants tels que James Gray (The Lost City of Z), les frères Safdie (Good Time), et David Cronenberg (Cosmopolis et Maps to the stars). Parmi les projets à venir de Pattinson il y a des films avec Robert Eggers, Ciro Guerra et Christopher Nolan.
La préférence évidente de l'acteur pour le talent artistique plutôt que la bancabilité commerciale garantie post-Twilight, explique son association avec Denis, mais les deux forment toujours un couple étrange. La semaine dernière, ils se sont posés dans les bureaux d'A24 (le studio indépendant qui distribue High Life) et ont discuté de la genèse créative du film, de la manière dont ils ont commencé à collaborer, et des qualités qu'ils admirent chez les stars de cinéma et les réalisateurs. J'étais la pour les interrompre occasionnellement ou les ramener sur le sujet, mais la majeure partie de la conversation s'est déroulée entre eux, illustrant ainsi leur lien créatif particulier (ce qui pourrait expliquer pourquoi ils prévoient déjà de travailler de nouveau ensemble). Cette interview a été modifiée à cause de sa longueur et sa clarté.
David Sims : Comment vous êtes-vous rencontrés ? Quelle est l'histoire de Robert et Claire ?
Robert Pattinson : Nous nous sommes rencontrés à Los Angeles, il y a 5 ou 6 ans. J'avais déjà vu quelques uns de ses films et j'essayais de la rencontrer depuis des années. Avec High Life, j'ai été stupéfait d'apprendre qu'elle allait travailler en anglais. Je connaissais [son directeur de casting] Des Hamilton et je l'ai forcé à m'obtenir une rencontre.
Claire Denis : C'est très drôle de penser à cela. Si je fais un casting pour un film, j'ai envie de quelqu'un; je veux que quelqu'un dise oui. Mais quand quelqu'un demande "pouvons-nous nous rencontrer ?" c'est effrayant, car soudainement je ne sais pas quoi dire. Je pense qu'il sera peut-être déçu. Peut-être que je ne suis pas la personne qu'il veut que je sois. Peut-être que ce qu'il voit dans mes films, c'est faux.
Pattinson : J'ai remarqué cela avec quelques autres réalisateurs. Il y avait un autre auteur-réalisateur en Angleterre que j'essayais de rencontrer. Et j'étais pleinement conscient qu'elle essayait de m'éviter. Je suppose qu'en tant acteur, vous êtes tellement habitué à ce que les gens vous disent non tout le temps, vous supposez [qu'elle ne veut pas vous voir], mais j'ai découvert qu'elle était juste très timide et nerveuse à l'idée de me rencontrer. Et je me suis dit, Pourquoi ? D'un point de vue d'un acteur, vous n'avez pratiquement aucun pouvoir. Chaque fois que vous rencontrez quelqu'un, vous dites juste "S'il vous plaît," le chapeau entre les mains, suppliant.
Denis : Je pense que ce pouvoir des [réalisateurs] de choisir quelqu'un et de l'acteur ou de l'actrice suppliant - j'ai toujours pensé que cette [notion] était fausse. Je supplie également quand je pense à un film. Je ne suis pas comme dieu. J'ai si peur de trahir quelqu'un ou de demander à quelqu'un d'être dans un film et ensuite de trahir le désir de cette personne. Je n'ai aucun pouvoir.
