vendredi 8 septembre 2017

Nouvelle interview de Robert Pattinson avec "Le Temps"

L'interview avec le magazine Suisse a été réalisée durant le festival de Cannes en mai dernier, rien de bien nouveau, mais l'article est sympa à lire :


L'article :

Robert Pattinson, une vie après «Twilight»

Dans une autre vie, l’acteur anglais était Edward Cullen le vampire. Il privilégie dorénavant le cinéma d’auteur et, alors que sort le thriller «Good Time», de Benny et Josh Safdie, tourne sous la direction de Claire Denis. Rencontre


L’entendre vous avouer qu’il est timide fait sourire. Car Robert Pattinson, c’est quand même cet acteur adulé par toute une génération de spectateurs (des spectatrices surtout) pour avoir incarné entre 2008 et 2012 Edward Cullen, ce vampire romantique entretenant une relation passionnée avec une mortelle – Bella, interprétée par Kristen Stewart, devenue soudainement aussi célèbre que lui.

Rencontré en mai dernier à Cannes en compagnie de quelques confrères de la presse internationale, Robert Pattinson prouvera néanmoins en une petite quinzaine de minutes que cette timidité clairement annoncée n’est pas feinte. Ses réponses sont parfois aussi hésitantes que son rire est franc, comme s’il semblait véritablement surpris de chaque question en forme de compliment sur la profondeur de son jeu et la clairvoyance de ses choix artistiques.

Changement de cap
Cinq ans après la fin de la saga Twilight, Robert Pattinson n’est pas la star que beaucoup avaient cru déceler en lui. Tout simplement parce qu’il n’a depuis jamais cherché à enchaîner les blockbusters, préférant au contraire s’épanouir dans des rôles exigeants et devant la caméra de cinéastes qui le sont tout autant.

C’est ainsi que sur la terrasse d’un grand hôtel cannois, on le retrouve pour évoquer Good Time, sombre thriller nocturne de Benny et Josh Safdie. L’envie de travailler avec les deux frères lui est venue dès la vision furtive de l’affiche de leur précédent long-métrage, Mad Love in New York, présenté en 2014 à la Mostra de Venise. Convaincu que l’univers des Américains lui siérait, le Londonien n’attendra pas longtemps avant de recevoir la première ébauche d’un scénario écrit pour lui.

A sa grande surprise, il se verra même remettre cinq pages biographiques résumant le parcours de son personnage, Connie, avant les quelques heures sur lesquelles se concentre le film. «Ils m’ont demandé d’apprendre tout cela, ce qui m’a un peu donné l’impression d’être un flic infiltré partant en mission. Je n’en avais aucune envie, mais au final cela m’a aidé. Durant les neuf mois qui ont précédé le tournage, je n’ai cessé d’échanger avec Benny sur mon personnage et le scénario. C’est un luxe d’avoir le temps



Disparition progressive
La première séquence de Good Time est sidérante de tension. Cherchant une certaine forme de vérité documentaire, les Safdie y montrent un psychiatre conversant avec Nick, un jeune handicapé mental incapable d’interpréter correctement les expressions courantes qui lui sont soumises. Soudainement, brutalement même, voici que son frère Connie interrompt la séance et l’emmène.

Et le récit de basculer dans le film de genre: Connie et Nick braquent une banque et arrivent in extremis à prendre la fuite. Mais peu après, Nick est arrêté. Connie va alors tout faire pour tenter de le faire sortir de l’hôpital où il est soigné, au cours d’une folle nuit qui va pendre la forme d’une descente aux enfers.

Haché, sombre et désenchanté, le récit est porté par une musique puissante du producteur électro Oneohtrix Point Never. Les réalisateurs parviennent à conserver tout au long du film une belle tension, tout en jouant habilement avec des seconds rôles qui parfois disparaissent aussi brutalement qu’ils étaient apparus. Et au milieu de ce dispositif dynamitant le film noir, il y a donc Robert Pattinson, saisissant de justesse, regard hagard, mine hirsute et silhouette dégingandée.

Alors que nombre d’acteurs cherchent la performance qui les verra peut-être décrocher une nomination aux Oscars, l’Anglais semble, lui, en phase de disparition progressive.

Au fur et à mesure de ses apparitions dans un cinéma privilégiant une certaine idée de la mise en scène plutôt qu’une pure rentabilité – d’abord chez Cronenberg (Cosmopolis, 2012; Maps to the Stars, 2014), puis chez Werner Herzog (Queen of the Desert, 2014), Anton Corbijn (Life, 2015) et James Gray (The Lost City of Z, 2017) –, il a commencé à s’effacer derrière ses personnages, à se mettre à leur service plutôt que de les utiliser comme des véhicules à sa propre gloire.

Est-il un acteur différent que celui qui le voyait débuter en 2005 dans Harry Potter et la Coupe de feu avant de décrocher le rôle d’Edward Cullen? Il dit que non, si ce n’est qu’il est plus vieux, tout simplement. Et de réaffirmer sa timidité, sa volonté de tout faire pour que les gens ne le prennent pas pour un people se comportant en people.

Gérer le chaos
De son expérience avec Cronenberg, il a appris que l’on pouvait aborder un personnage sans penser psychologie, sans essayer de comprendre à tout prix ses motivations. Et durant le tournage de The Lost City of Z, il a pris conscience, comme il l’a expliqué aux Cahiers du Cinéma, à quel point «l’interprétation est dépendante de la place de la caméra».

De son envie de travailler avec des auteurs plutôt qu’avec des faiseurs découle une succession d’expériences nouvelles qui le comblent. Sur le plateau de Good Time, il s’est rendu compte de la signification du mot «chaos», rigole-t-il en soulignant que même s’il aime le look qu’il arbore dans le film, il se sentait en même temps incroyablement sale.

«On tournait seize et dix-sept heures par jour. Pour supporter cela, je me suis isolé; je vivais dans un minuscule appartement en sous-sol, sans fenêtre, afin de pouvoir dormir de 9h à 16h. J’avais l’impression d’être dans un donjon. La plupart des gens trouveraient cela épuisant, mais j’ai adoré, car j’aime les expériences uniques. Et c’est quand même plus drôle de jouer des personnages qui sont fous et ne respectent pas les normes, car on n’a peu d’opportunités de le faire dans la réalité. Durant trois mois, je pouvais faire ce que je voulais. Mais bon, le tournage n’a pas été sain; je n’ai jamais bu autant de café et de Red Bull et mangé autant de sandwichs au thon. Je dois m’être empoisonné au mercure!»

Toilettes japonaises
Avant d’incarner Connie, Robert Pattinson a visité une prison. Les Safdie connaissaient le responsable des pénitenciers de New York, qui a accepté de leur montrer une cellule. Profitant de son absence le jour de leur visite, arguant qu’il leur avait donné l’autorisation d’aller partout, le comédien et les réalisateurs ont finalement pu discuter avec de nombreux détenus et accéder jusqu’aux cellules individuelles où sont enfermés les prisonniers les plus violents.

De cette immersion dans un univers qui lui est étranger, même s’il a été arrêté une fois à cause d’un graffiti sauvage, il garde le souvenir de condamnés souvent très jeunes et entretenant des relations quasi maternelles avec les matons, qui sont à 75% des femmes. «Certains sont là à perpétuité pour des triples meurtres, et on les voyait leur parler comme à leur maman. C’est impossible de s’imaginer ce que signifie passer sa vie en prison.»

L’Anglais dit cela après avoir fait part du bonheur d’être de retour à Cannes. Good Time avait d’abord été placé hors compétition, mais vingt minutes avant la conférence de presse d’annonce de la sélection, il a appris qu’il serait finalement en lice pour la Palme d’or. Robert Pattinson avait promis d’offrir à Josh les mêmes toilettes japonaises qu’il a chez lui si le film était en compétition. Beau joueur, il s’est exécuté.

Actuellement, il tourne sous la direction de Claire Denis et devrait enchaîner avec un film d’Olivier Assayas. Au printemps prochain, il ne serait pas étonnant de le retrouver sur la Croisette. Et un jour ou l’autre, il serait encore moins surprenant de le voir décrocher le Prix d’interprétation. Il est bien loin le temps de Twilight.

Aucun commentaire: